Cary au Konzertgebouw

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Cary au Konzertgebouw et Spinoza.: la grandeur d’Amsterdam. Celle de la synagogue portugaise et de tout ce qu’elle dit d’une supériorité oubliée, (celle, jadis, des séphardim sur les ashkénazes, celle, naguère, de l’Espagne sur les saxons) Charles Quint et les galions espagnols, la langue de Cervantes véhiculant le foi marrane et le ladino qui méprisait le yiddish. Grandeur du vertige du mouvement de bascule des triomphes.

Spinoza, l’homme qui nous a tous convertis. Or la loi d’Amsterdam interdisait aux juifs de tenter de convertir les chrétiens, et la communauté juive d’Amsterdam s'était engagée, dès 1630, à excommunier ceux des siens qui se risqueraient à un tel prosélytisme.

Grandeur des systèmes scolaires rabbiniques, dans une Europe encore très analphabète, pas un juif qui n’aie su lire la Torah.

Et puis la bascule du truc, la conversion du monde au livre, au devoir de mémoire, le net. Et avant ça, la révolution musicale européenne, qui a dû bouleverser le shazan de la synagogue.

Et le Konzertgebouw avec ce chemin de torture qu’il m’a déroulé sous les pieds, le projet initial de mon aïeul, démontrer la Providence, mais pas pour la reine d’Angleterre. Parce que nous, mon bon Monsieur, nous venons de perdre Cary et Cary est un homme si bon qu’il nous faisait croire a l’idée de communauté, n’en déplaise aux philosophes déçus par la communauté désœuvrée.

Rien qu’en réparant nos voitures d’un sourire charmant qui disait bien (crevures !) toute la souffrance que nous fait endurer le sourire méprisant des garagistes et des inventeurs de l’obsolescence programmée.

En ne nous demandant jamais un liard. Et dans le désir assumé de réparer surtout le véhicule des bien roulées, des charmantes.

Croire en une providence après cela il a fallu l’orchestre national des Pays-Bas, le Bach Choir d’Amsterdam, l'écharpe serrée autour de mon cou du miroitement hivernal des canaux, le couteau glissé dans la poche que Spinoza gardait sur lui pour se défendre, les yeux embués de larmes.

La providence paysagère, musique des buissons que l’ouragan secoue.

La trompette annoncée du Jugement dernier, brandie baroque et solitaire par un trompettiste chauve qui en agitait la salive comme un cerf gigoterait son rut, qui criait avec une précision et une nuance infinie, qui annonçait la venue des jazzmen noirs sur les décombres fumants des festins hitlérides, du remuement reptilien de l’ogre, de l’anti-Cary.

Je revoyais Cary deux jours avant sa mort et tout le temps dont il disposait en me parlant de choses et d’autres.


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Categories: CARY PLANCHENAULT, LE MACHINISTE D'ARTE