Category: SOUBLIME IDEE DE LA TRAGEDIE

Les matières du carreau noir

Douze juillet 2011.

Les matières, ma matière du noir, du gris et de la pluie, de l’esseulement en face de l’absence de tout phare que serait un regard tout-puissant et aimant depuis une toute-puissance, un sens: mais non il ne reste que la matière noire, pas de Muse, pas de mythologies, pas de Théogonie, aucune légende dorée qui donnerait sens. Rien que la matière noire, si rassurante cependant, dans la mélancolie féconde, qui derrière la tristesse des enfants abandonnés conçoit, gauchie de tout sens, des sentiments dépendants, conçoit la colère, la fureur, et depuis la matière noire de ma mélancolie j’observe comme une sphère la création. Et suis rempli alors par le rouge bouillant des attentes, ensuite. Une attente qui pourrait paraître éternelle et ennuyeuse si ce n'était pas à chaque seconde, une attente renouvelée, aiguisée, qui fabrique le visage de l’Attendu.

Le silence du noir, dans une petite ville de province-écarquillée d’horreur, Strasbourg, depuis qu’elle est devenue un trou perdu loin de Versailles et des fastes légitimistes, Strasbourg où ne règne que le noir du rien-du-tout, à cause de «lalangue», ici illégitime, langue germanique dans un empire français qui ne veut entendre que la pure langue de la Loire… Si différent de ce noir français qui tapissait, à Nancy, autre trou de province mais où un français châtié (voire châtiéy, pour dire les mots avec cette pointe en «i» finale qui fait comme une petite piqûre du chardon emblématique de la Lorainne depuis qu’elle n’est plus bourguignonne mais francaise) ce noir infiniment français qui tapissait une salle de bains dont j’adorais enfant qu’un gland de bronze vienne descendre jusque dans la baignoire pour avertir (au premier étage survivait dans la cuisine un vieux tableau électrique des premiers temps.) — mais pour avertir ne savais-je quelles instances de je ne sais quel miracle (mon grand-père fils d’ouvrier miraculeusement ou tragiquement adopté par le propriétaire de la Brasserie Greff) — si ce n’est le miracle de l’enfance- qui pourrait survenir dans cette vaste et ancienne baignoire entourée du noir de carreaux improbables où je sentais tout le rassurement des générations précédentes englouties juste pour nous permettre d’advenir…

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Chapelizod, au sud de Dublin

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Barque en or du musée de Dublin.

Ça regarde la mer et on dit que l'étymologie de Chapelizod, c’est «chapelle d’Isolde». Joyce en vient, est né par là, et le dit mieux que dans aucun autre livre dans Finnegans Wake.; le livre conçu pour faire monde, le livre qui fragmente tout texte en mille pièces picorées par une poule, vertige de la philologie, abîme de la textualité humaine, des encyclopédies, du miroir tendu par les réflexions de tous les humains passés, présents et concevables devant la cathédrale immense du Réel, devant les abîmes de galaxies…

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Faustburg und Ysolde

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Les plans incroyablement mystiques de la ville de Strasbourg que ses urbanistes feront sortir, même pas soixante ans plus tard,
gardent-ils une trace du passage effrayant de Napoléon dans le salon de la mère du petit prince de Berlin, trop fier et déjà en uniforme, protégé par des gendarmes français mais alsaciens, et donc parlant couramment sa langue sans se douter qu’un jour il se saisira de leur ville, de l’Alsace et d’la Lorraine, sans sabots, et les recouvrira d'énigmes architecturales qui ne seront très vite plus habitées que par des français incapables d’y strictement rien piger ?

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