Des prénoms d’aimées

(Les livres me saisissent l’un après l’autre, et j’y songe comme à des prénoms d’aimées.)

Évidemment, cette année, c’est KANT, dont la lecture, aidée par les textes de DELEUZE, me permet rétrospectivement de mieux saisir comment LACAN et FREUD ont pu saisir très jeunes des méthodes de classification du fonctionnement de la pensée, et permettre que les psychologues contemporains parviennent à mettre un peu d’ordre dans les découvertes des neurosciences.

GÉRARD POMMIER, par ses écrits, m’a montré il y a plus de trente ans déjà cet enrichissement possible d’un regard sur le ROMAN des vies que déploient devant tous les médecins du monde la tragédie et la comédie des quotidiens.

Mais ANTÓNIO LOBO ANTUNES, PROUST, JAMES JOYCE et JEAN-LOUP TRASSARD me transportent par l’immensité de leur mise en forme éblouissante d’une expérience intérieure qui m’aurait été, sans eux, aussi inaccessible que celle de La Philosophie dans le boudoir. Il y a la basse continue de PLATON et des ÉLÉATES, qui chantent avec le désir mystique de SPINOZA pour dire l’immensité de l’interrogation posée devant nous par la naissance, la vie, la mort. Je ne me réjouirais pas si innocemment sans l’aide de SOPHOCLE et des deux autres tragédiens, ni celle de PLAUTE et de TERENCE, de SHAKESPEARE et de HÖLDERLIN, de THOMAS BERNHARDT et du gigantesque MARTHALER.

Évidemment ma plume se désespérera toujours de n’atteindre pas les fulgurances de DIDI HUBERMANN, de LACOUE-LABARTHE et de NANCY, ni du maître des vivants.: QUIGNARD.

À force de croiser sa statue, j’ai fini par comprendre qu’il fallait lire GOETHE dans sa langue, que les traductions en étaient, comm celles de POUCHKINE ou de JOYCE, misérables. J’aimerais pouvoir en dire autant de TU FU et de LI PO, de BACH.

La dernière pièce qui m’ait arraché des larmes a été Hypérion de Höderlin, et j’ai du mal à croire que Pina Bausch, Jean-Sébastien Bach, Schumann et Schubert ne soient pas écrivains, tant leurs mots sont gravés en moi, parle pour le regard, en ses autoportraits, de Rembrandt.

(En ce moment, j’attends d’y voir plus clair avec la Critique de la raison pure pour déguster le dernier ANTÓNIO LOBO ANTUNES.)

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