Paul Celan, Anniversaire de tous Crimes.

continents découverts (trop?) tard:

Celan (dans la Baignoire, ce 3/2/2015, nuit) — et ouvrir le monde, travail de ce Poète, écriture datant de ma rentrée au collège, j’avais douze ans Wernher, le professeur d’anglais, a hurlé pendant un cours que, feignant ignorer l’alsacien, nous étions des saboteurs.

je ne savais pas qu’il réïtérait ainsi pour nous les colères Sturm und Drang de Salzmann, Goethe, Herder, Lenz, Büchner, quand ils considéraient un affadissement du penser germanique par le mélange au français.

Bien plus tard Wernher devait me raconter sa nuit de cristal, pas loin D’Offenburg.

Mais étrangement il ne nous parla jamais, pendant cette année 1968, du mythe solaire de la Révolution. L’Alsace, dans son essence allemande, ne mesure pas quel drame constitue, en France aristocratique, en France soumise, la pérennité d’une division sociale caduque mais toujours humiliante pour le peuple,(tous ces châteaux de l’aristocratie sûre de sa joie, fière de son von goût, ivre du sang des pauvres, juchée, dans les villages et les bourgs, toutes ces âmes concussionnaires qui s’en sont faite depuis Napoléon les héritières dans les partis et les organisations — même les plus philanthropiques- du politique) ignorant qu’en Allemagne il en aille structurellement autrement et que les prussiens n’ont jamais attendu l’Autre Monde pour trouver une égalité entre le maître et l’esclave — on ne mesure en France que la caricature de ça, l’Adolf, qui hisse le populisme planétaires aux hauteurs qu’il n’a plus perdu depuis. Ploucs milliardaires sculptant la pensée des masses jusqu'à ce qu’elles leur offrent les ventres si tendres de leur démographie. Adolf grimace derrière toutes les démagogies, trépigne de joie comme il savait si bien faire chaque fois qu’un tyran flatte le Sang, la Race, la Tribu, la Seule Religion Vraie, le Drapeau… Il en caresse de joie sa chienne blondie…

Jacques Calot, les malheurs de la Guerre.

Jacques Calot, les malheurs de la Guerre.

Au mythe solaire de la Révolution se chauffèrent pourtant les écoliers de Thübingen. L’intérêt pour le panthéisme, l’ultime bouée des bourgeois du 18° siècle, devant leur réception de l’archéologie, des premières traductions des hiéroglyphes… Lentement et terriblement l’archéologie faisait fondre comme un sucre les patchworks historiques constitutifs des effigies sacrées d’une nation qui s'était plue cartésienne. Sans leur faire perdre une once de pouvoir face au désespoir des masses du soufflé démographique. Dieu, cocotte minute pour faire cuire un monde qui a perdu toute générosité sous le regard plein de larmes des femmes aux pieds nus.
Enfers. Hyeronimus Bosch, Lisbòa.

Enfers. Hyeronimus Bosch, Lisbòa.

Evidemment, avant de connaître L’abbé Meslay des Ardennes, et son testament athée rédigé en cachette des paroissiens qu’il entretint dans leurs pieuses naïvetés toute une vie d’abbé durant, j’ai pensé que Spinoza avait à Amsterdam ouvert le bal du démantèlement des soutènements syncrétiques des grandes fois qui constituaient les guerres de religion, et le ciment de la société amsteldamoise.

Et ce quatorze Jullet au matin le chauffeur d’un Camion frigorifiant sur la promenade des anglais s’est pris pour un pilote de Messerschmidt.

Écoutait-il de la musique?

Avait-il déjà égorgé du monde avant?

Siècle des pieds-nickelés, victoire des cons, triomphe des niais, siècle machinal, du Zeppelin à la centrale nucléaire, Cocotte-Minute prête à se soumettre à la grande Cocotte-Minute de l'écrit iohannique, pour révéler le monde apocalyptique à soi-même au nom, toujours, d’un Roman qui organiserait le Chaos, d’un dieu pratique, trop pratique, qui se soumet aux machines pour permettre aux technos-enfants de jouer les arbitres du match romanesque des piétés. Les vérités de l’Abbé Meslay et de Spinoza n’ont éteint aucun incendie et pour cause: la démographie a besoin d’un roman pour refléter la fidélité au Père de toutes ces femmes aux pieds nus ou en perruques ou en robe bleue, de toutes ces pauvrettes offrant leur ventre à leur dieu intérieur de Justice, leur coeur est à papa, les guerriers qu’elles enfantent abrutis de douleur chantent leur manque-à-jouir et se contrefoutent de l’austère pensée des savants, peu importe le flacon tant qu’on a l’ivresse, la folie voit les yeux fermés la taille réelle du spectre terrible d’Hamlet-Machine, et la conférence de Wannsee continue de tenir son petit souper dans tous les lieux de culte, avide d’une solution finale pour établir le triomphe sur tous de la pensée d’Un seul — ah les moustaches d’Adolf et de Staline, ah le sourire d’Ubu-roi, ah les poèmes de Celan, ah le Requiem de Mozart, ah le corps supplicié des aimants et des aimés, ah chaque anniversaire de chaque malheur accroît la joie handicapée amoureusement, des bourreaux œdipiens.

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