Sorti promener la musique

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Je suis sorti promener la musique (15/09/2009). Catherine et Circé voulaient à toute force s’offrir le dernier épisode d’une série qui ne m’intéresse plus depuis sa deuxième saison, et la musique agitait la queue, elle voulait sortir autour du jardin, c’est un jardin entouré de circonspection et d’une habitude incroyable d’aller plus vite que la lune, même beaucoup plus vite que le cosmos, pas tant à cause de l’Observatoire qui y fait son dôme à deux ou trois reprises que du fait de la présence d’essences exotiques, ramifieuses d'âmes et pulvériseuses de leurs propres pancartes surtout quand je suis arrivé en bas de l’escalier, la musique j’avais mis la laisse en écouteur à mes deux oreilles s’est mise très distinctement à égrener les mesures du requiem de Mozart et le tronc verdi des premiers arbres a rythmé immédiatement mon rappel à l’ordre.: j’avais un rendez-vous absolument impérieux avec la mort de l'être aimé…

  1. Ça m’aurait étonné que le dix huitième siècle survive longtemps à la fin de Mozart, je ne sais pas comment j’ai pu marcher jusqu’au bout du premier bout de ma rue, j’ai remarqué comment chantaient les six éclats fait par une mitrailleuse en 45 dans le muret qui soutient les grilles du jardin, tous ceux qui m’ont raconté cette scène du char filant par l’avenue de la Forêt-Noire et tirant de sa tourelle vers des allemands embusqués, si ça se trouve des gosses chantaient la partie de basse. Je connais tous les professionnels du pupitre des cuivres, combien de fois est-ce que nous avons été vérifier la présence des Niebelungen dans les forêts proches.! — ils ont remarqué que j’ai cette tendance, depuis une semaine, à avoir le cœur de couleur rouge et peur. Peur de quelque chose d’encore plus grave que de la guerre. De la seule chose plus grave que le crime.

    Tableau de fin d'études, 2009, artiste normande.

L’autobus s’est jeté sur la place, au bout de la rue, avec son front rongé par l’inquiétude il m’a laissé entendre que Mozart ne pleurait pas non plus sur lui-même, mais, comme le bus et moi, sur ceux qu’on aime et qui nous échappent vers les ruisseaux de sang. Qui nous échappent sans arrêt. Le bus a stoppé pour trembler avec l'élévation du lamento fulgurant, et j’ai vu qu’il avait dans la poche une boîte de stilnox et une boîte d’Imurel, en fait il les laissait voir à tous les passants, ça n'était pas spécialement pour que je sache. Je lui ai tapé sur l'épaule, discrètement, sans que les musiciens arrêtent, ni les étoiles, autour des arbres amazoniens du jardin botanique.

Erwin Wernher,

Erwin Wernher en 1989.

Erwin Wernher en 1989.

mon prof d’anglais mort en 1995, nous regarde, je cours vers son ombre, je l'étreins fraternellement. Il éclate de rire en me disant.: «tu es bien plus à plaindre que moi, mon pauvre ami. «Il y a une yeshiveh au coin de la rue, elle partage une grande villa palladienne avec un centre de chirurgie esthétique, juste en face des acacias.

La nuit m’a pas laissé repartir. La nuit a ouvert sa bouche immense et j’ai perdu un à un tous mes amis, comme dans ces trains qui dans la campagne partaient pour Auschwitz. Amadeus n’a jamais rien attendu de personne.

Il ne m’en voulait que d’une chose, d'être incapable de répondre à sa plainte. J’ai compris, en regardant la tige aigue des grilles où je suis encore incapable de me planter la gorge, que ça lui était évidemment égal que je pleure en l'écoutant.: personne ne lui répond. Voilà, c’est en courant mentalement à l’intérieur du jardin que je l’ai aperçu, il était devenu, et c'était dramatique pour moi, une jeune femme d’une incroyable beauté, il avait arraché sa redingote, elle marchait les seins libres, avec une bande d’amis qui lui faisaient une sorte de fête et ils se sont cachés pour me regarder, lorsque j’ai remis la clef dans la serrure, pour rentrer après le confutatis, j’ai espéré plus que tout qu’ils pleuraient à leur tour pour moi, mais j’entendais les éclats d’une discussion extrêmement grave, à mille lieues du malheur qui me tatoue le cœur. Mozart se posait la question d’une coloration de voix, «violet comme Paul III «, disait-il en évoquant probablement ce pape qui a fait terminer la Sixtine, où Wolfgang a vécu un concert si terrible, le Miserere d’Alegri quand il en avait noté la moindre note sitôt rentré chez lui. «Ou bleu comme un front d’ange «

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